Calculez votre indemnité en 2 minutes →
Cas particuliers

Rupture conventionnelle CDI, proteges et fonctionnaires : 3 procedures [Guide 2026]

1 avril 2026·15 min de lecture

Introduction : un droit qui varie selon votre statut

La rupture conventionnelle n'est pas accessible de la même manière selon votre situation contractuelle. Si les salariés en CDI classique bénéficient d'un accès simple et direct, les salariés protégés et les fonctionnaires sont soumis à des règles spécifiques. Ce guide détaille les conditions et procédures pour chaque statut.

La rupture conventionnelle pour les salariés en CDI

Le cas standard

La rupture conventionnelle est conçue pour les salariés en contrat à durée indéterminée (CDI). C'est le cas le plus simple et le plus courant : plus de 500 000 ruptures conventionnelles sont homologuées chaque année en France.

Conditions d'éligibilité

Pour bénéficier d'une rupture conventionnelle en CDI, il faut :

  • Etre en CDI (temps plein ou temps partiel)
  • Avoir terminé sa période d'essai
  • Obtenir l'accord de l'employeur (la RC est un accord mutuel)
  • Ne pas être sous la contrainte ou la pression
  • Ne pas être en situation de harcèlement avéré (la RC pourrait être annulée)
  • La procédure standard en 5 étapes

    1. La demande initiale Le salarié ou l'employeur propose la rupture conventionnelle. Aucun formalisme n'est imposé à ce stade : un simple email ou une discussion orale suffit. Cependant, une lettre formelle est recommandée pour garder une trace.

    2. L'entretien (ou les entretiens) Au moins un entretien est obligatoire. Le salarié peut se faire assister par un représentant du personnel ou un conseiller extérieur inscrit sur la liste préfectorale. L'employeur peut aussi se faire assister si le salarié le fait.

    3. La signature du formulaire CERFA Les deux parties signent le formulaire CERFA n°14598 qui fixe :

  • La date de rupture du contrat
  • Le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle
  • La date de signature (point de départ du délai de rétractation)
  • 4. Le délai de rétractation Chaque partie dispose de 15 jours calendaires pour se rétracter sans motif. La rétractation se fait par lettre recommandée ou remise en main propre.

    5. L'homologation DREETS Le formulaire est envoyé à la DREETS (ex-DIRECCTE) qui dispose de 15 jours ouvrables pour valider ou refuser. Sans réponse dans ce délai, l'homologation est réputée acquise.

    L'indemnité en CDI

    Le calcul de l'indemnité suit la formule légale :

  • 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté (10 premières années)
  • 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans
  • Exemple concret : Sophie, 38 ans, secrétaire de direction en CDI depuis 6 ans, salaire brut 2 500 euros/mois.

  • Indemnité légale : 2 500 x 6 x 1/4 = 3 750 euros
  • Après négociation, elle obtient 5 500 euros (1,5 mois de plus)
  • Les cas particuliers en CDI

    CDI à temps partiel : Le calcul se fait sur le salaire brut réel (temps partiel). Si vous êtes passé de temps plein à temps partiel (ou inversement) en cours de carrière, le calcul est proratisé.

    CDI intérimaire : La rupture conventionnelle n'est pas applicable aux missions d'intérim. Seul le CDI intérimaire (CDI-I) signé avec l'agence d'intérim peut faire l'objet d'une RC, mais c'est rare.

    CDI de chantier : La rupture conventionnelle est possible pour un CDI de chantier, même si la fin du chantier constitue normalement un motif autonome de rupture.

    La rupture conventionnelle pour les salariés protégés

    Qui sont les salariés protégés ?

    Les salariés protégés bénéficient d'une protection spéciale contre le licenciement en raison de leur mandat ou fonction. Sont concernés :

  • Délégués syndicaux et représentants syndicaux
  • Membres du CSE (titulaires et suppléants)
  • Représentants de proximité
  • Conseillers prud'homaux
  • Conseillers du salarié inscrits sur la liste préfectorale
  • Défenseurs syndicaux
  • Salariées enceintes (protection spécifique)
  • Salariés en congé maternité/paternité
  • Médecins du travail
  • La procédure spécifique pour les protégés

    La rupture conventionnelle d'un salarié protégé suit une procédure renforcée qui diffère du cas classique sur un point essentiel : l'homologation est remplacée par une autorisation de l'inspection du travail.

    Étape 1 : Entretien(s) préalable(s) Comme pour un CDI classique, avec les mêmes droits d'assistance.

    Étape 2 : Consultation du CSE Le comité social et économique doit être consulté et rendre un avis (consultatif, pas un veto). Cette consultation est obligatoire avant l'envoi de la demande d'autorisation.

    Étape 3 : Signature du formulaire CERFA Formulaire CERFA spécifique pour les salariés protégés.

    Étape 4 : Délai de rétractation de 15 jours Identique au cas classique.

    Étape 5 : Demande d'autorisation à l'inspection du travail C'est la différence majeure. Au lieu de l'homologation DREETS, la demande est adressée à l'inspecteur du travail qui :

  • Vérifie le consentement libre du salarié
  • S'assure qu'il n'y a pas de lien avec le mandat
  • Contrôle le respect de la procédure
  • Dispose de 2 mois pour répondre (contre 15 jours en cas classique)
  • Étape 6 : Décision de l'inspecteur du travail L'inspecteur peut :

  • Autoriser la rupture conventionnelle
  • Refuser s'il estime que le consentement n'est pas libre ou que la RC est liée au mandat
  • Ne pas répondre dans les 2 mois : le silence vaut rejet (contrairement au cas classique)
  • Les points de vigilance pour les protégés

    Le risque de discrimination : L'inspecteur du travail vérifie que la rupture conventionnelle n'est pas un moyen détourné pour l'employeur de se débarrasser d'un représentant du personnel gênant. Si un lien est établi entre la RC et l'exercice du mandat, l'autorisation sera refusée.

    L'indemnité : Le minimum légal s'applique comme pour tout salarié en CDI. Cependant, certains accords collectifs prévoient des indemnités spécifiques pour les représentants du personnel. La négociation est recommandée.

    La protection après la fin du mandat : Les anciens représentants du personnel bénéficient d'une protection de 6 mois après la fin de leur mandat. Pendant cette période, la procédure d'autorisation de l'inspection du travail s'applique encore.

    Délai total : La procédure est plus longue que pour un CDI classique : comptez 3 à 4 mois entre la première demande et la rupture effective (contre 45 jours minimum en cas classique).

    Jurisprudence importante

  • Cass. soc., 12 mars 2014 : Une rupture conventionnelle signée pendant un conflit entre le salarié protégé et l'employeur n'est pas automatiquement nulle, mais l'inspecteur du travail doit vérifier l'absence de pression.
  • Cass. soc., 16 décembre 2015 : Le défaut de consultation du CSE entraîne la nullité de la rupture conventionnelle d'un salarié protégé.
  • CE, 29 mars 2017 : L'inspecteur du travail doit refuser l'autorisation s'il constate un lien entre la RC et le mandat du salarié protégé.
  • La rupture conventionnelle pour les fonctionnaires

    Le dispositif spécifique de la fonction publique

    Depuis le 1er janvier 2020, la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019 a introduit un dispositif de rupture conventionnelle pour les agents publics. Ce dispositif, initialement expérimental, a été pérennisé en 2025.

    Qui peut en bénéficier ?

    La rupture conventionnelle dans la fonction publique est ouverte :

    Fonction publique d'État :

  • Fonctionnaires titulaires
  • Agents contractuels en CDI
  • Fonction publique territoriale :

  • Fonctionnaires titulaires
  • Agents contractuels en CDI
  • Fonction publique hospitalière :

  • Fonctionnaires titulaires
  • Agents contractuels en CDI
  • Sont exclus :

  • Les agents en CDD
  • Les fonctionnaires stagiaires
  • Les agents détachés sur contrat
  • Les fonctionnaires ayant atteint l'âge de la retraite à taux plein
  • Les fonctionnaires à moins de 2 ans de l'âge de la retraite
  • La procédure dans la fonction publique

    1. Demande écrite L'agent ou l'administration initie la démarche par un courrier formel.

    2. Entretien(s) Un ou plusieurs entretiens sont organisés, au cours desquels sont discutés :

  • Le montant de l'indemnité spécifique
  • La date de cessation définitive des fonctions
  • Les conséquences de la rupture (droits au chômage, retraite)
  • L'agent peut se faire assister par un conseiller désigné par une organisation syndicale représentative.

    3. Signature de la convention La convention de rupture est signée par les deux parties. Elle précise :

  • Le montant de l'indemnité
  • La date de cessation des fonctions
  • Les clauses de non-retour (voir ci-dessous)
  • 4. Délai de rétractation Comme dans le privé : 15 jours calendaires pour se rétracter.

    5. Pas d'homologation Contrairement au secteur privé, il n'y a pas d'homologation DREETS dans la fonction publique. La convention signée suffit.

    L'indemnité dans la fonction publique

    L'indemnité est encadrée par un plancher et un plafond fixés par décret :

    Plancher : 1/4 de mois de rémunération brute par année d'ancienneté pour les 10 premières années, puis 2/5 au-delà.

    Plafond : 1/12 de la rémunération brute annuelle multiplié par le nombre d'années d'ancienneté, dans la limite de 24 mois de rémunération brute.

    Exemple : Agent de catégorie A, 15 ans d'ancienneté, rémunération brute mensuelle de 3 200 euros.

  • Plancher : (3 200 x 10 x 1/4) + (3 200 x 5 x 2/5) = 8 000 + 6 400 = 14 400 euros
  • Plafond : (3 200 x 12 / 12) x 15 = 48 000 euros (plafonné à 24 mois = 76 800 euros, donc non atteint)
  • L'indemnité sera négociée entre 14 400 et 48 000 euros
  • La clause de non-retour

    Spécificité majeure de la fonction publique : l'agent qui bénéficie d'une rupture conventionnelle s'engage à ne pas revenir dans son administration d'origine pendant 6 ans. S'il revient avant ce délai, il devra rembourser l'intégralité de l'indemnité dans les 2 ans suivant sa réintégration.

    Droits au chômage des fonctionnaires après RC

    Les fonctionnaires ont droit à l'allocation chômage après une rupture conventionnelle. Particularité : c'est généralement l'employeur public (et non Pôle Emploi / France Travail) qui verse l'allocation, en auto-assurance.

  • Durée : identique au secteur privé (jusqu'à 24 mois, 36 mois après 53 ans)
  • Montant : calculé selon les mêmes règles que l'ARE
  • Inscription : obligatoire auprès de France Travail
  • Tableau récapitulatif par statut

    CDI classique :

  • Accès à la RC : oui
  • Procédure : standard (45 jours min.)
  • Validation : homologation DREETS (15 jours)
  • Indemnité : minimum légal ou conventionnel
  • Chômage : ARE France Travail
  • Salarié protégé :

  • Accès à la RC : oui (procédure renforcée)
  • Procédure : consultation CSE + autorisation inspection du travail (3-4 mois)
  • Validation : autorisation inspecteur du travail (2 mois)
  • Indemnité : minimum légal ou conventionnel
  • Chômage : ARE France Travail
  • Fonctionnaire titulaire :

  • Accès à la RC : oui (depuis 2020, pérennisé 2025)
  • Procédure : entretien(s) + convention signée
  • Validation : pas d'homologation
  • Indemnité : entre plancher et plafond réglementaire
  • Chômage : auto-assurance employeur public
  • CDD / Intérimaire :

  • Accès à la RC : non
  • Alternative : fin de contrat classique
  • Questions fréquentes

    Un salarié en CDD peut-il faire une rupture conventionnelle ? Non. La rupture conventionnelle est réservée aux CDI. Un CDD peut être rompu d'un commun accord (rupture amiable), mais les conditions et formalités sont différentes.

    Un salarié protégé peut-il être contraint d'accepter une RC ? Non. Le principe d'accord mutuel s'applique à tous les salariés, protégés ou non. De plus, l'inspecteur du travail vérifie spécifiquement l'absence de contrainte pour les salariés protégés.

    Un fonctionnaire peut-il négocier son indemnité ? Oui, dans les limites du plancher et du plafond réglementaire. La négociation est même prévue par le dispositif. En pratique, les fonctionnaires obtiennent souvent un montant intermédiaire entre le plancher et le plafond.

    La rupture conventionnelle est-elle possible pour un apprenti ? Non, l'apprenti est en CDD (contrat d'apprentissage) et ne peut pas bénéficier de la rupture conventionnelle. La rupture du contrat d'apprentissage obéit à des règles spécifiques.

    Conclusion

    La rupture conventionnelle est accessible au plus grand nombre, mais les conditions varient significativement selon le statut. Les salariés en CDI bénéficient de la procédure la plus simple, les salariés protégés d'un contrôle renforcé qui les protège, et les fonctionnaires d'un dispositif récent mais opérationnel. Dans tous les cas, la négociation est la clé pour obtenir les meilleures conditions de départ.

    Utilisez notre calculateur d'indemnité pour estimer votre situation personnelle, ou consultez notre guide complet pour une vision d'ensemble de la procédure.

    Guide rupture conventionnelle par email

    Recevez nos conseils pratiques, mises à jour légales et exemples chiffrés.

    Publicite

    Un avocat peut negocier plus pour vous

    En moyenne, un avocat specialise obtient +30% a +50% d'indemnite supplementaire. Premiere consultation gratuite.

    Contacter un avocat →

    Calculez votre situation personnelle

    Simulation officielle et gratuite en 2 minutes.

    Lancer le simulateur →

    Publicite

    Recevez notre guide gratuit

    « Les 7 erreurs a eviter lors d'une rupture conventionnelle » — le guide pratique pour maximiser votre indemnite.

    Gratuit. Sans spam. Desabonnement en 1 clic.